16 juillet 2026
4 mn

À 600 €/MWh, le système électrique souffre lui aussi de la chaleur 

Oliver Sartor, PhD, Chief Economist, Voltalis 

Ce qui s’est passé sur les marchés électriques européens fin juin 2026 aurait été impensable il y a encore cinq ans : des prix spot qui explosent… en plein été. Le prix spot a atteint 433 €/MWh le soir du 24 juin, soit deux fois les pics hivernaux des mois précédents. En Allemagne, la tension était encore plus vive, avec un pic à 615 €/MWh. 

Les Européens ne sont pas les seuls à souffrir de la chaleur : le système électrique aussi. Ce que montrent les courbes du marché day-ahead SDAC (le marché intégré de l’Europe de l’Ouest et du Nord) du 23 juin, c’est l’effet colossal de la canicule et de la climatisation sur les prix de l’électricité. 

Premier élément frappant : même dans le creux nocturne, les prix restent juste en dessous de 200 €/MWh. C’est le reflet conjoint d’une production éolienne et solaire limitée la nuit, d’une forte dépendance aux centrales à gaz et au charbon pour répondre à la demande, et d’une utilisation nocturne intense de la climatisation : les nuits ne rafraîchissent pas suffisamment sous l’effet des « dômes de chaleur ». 

Deuxième élément remarquable : la rapidité de la montée des prix en soirée. Lors des canicules de juin 2025, l’analyse du think tank Ember montrait que la demande électrique en Europe du Nord-Ouest augmente d’environ 1,5 % par degré supplémentaire au-dessus de la moyenne saisonnière en juin-juillet. Cela peut paraître faible mais, avec 10-15°C de chaleur en plus, dans un système mal préparé à répondre, l’effet sur les prix est massif. 

Plusieurs facteurs se cumulent. Dans les chaleurs extrêmes, le nucléaire, le gaz et le solaire tournent moins efficacement ou réduisent leur production pour des raisons de sécurité (température des fleuves, rendement). Mais surtout, le solaire décline précisément au moment où la demande culmine en soirée, lorsque tous les ménages font tourner la climatisation à plein régime. Ainsi, les prix dépassent 600 €/MWh, contre 150-200 €/MWh en mai aux mêmes horaires — des niveaux déjà élevés après le choc gazier de la crise iranienne. 

Rappelons que l’Europe reste peu équipée en climatisation : environ 20 % des ménages (25 % en France), contre plus de 90 % aux États-Unis, au Japon ou au Moyen-Orient. Les études de l’Ademe montrent que la France rejoindra ces pays dans les années à venir. 

Si la France ne présente pas de risque de pénurie d’électricité à cause de la climatisation, l’impact des vagues de chaleur sur nos prix pourrait peser lourd si nous n’agissons pas pour mieux adapter le système électrique. La climatisation sera indéniablement adoptée dans les années à venir en France, en Europe et dans le monde : l’abandonner ou l’interdire n’est pas réaliste. 

La question porte donc sur la manière de piloter cette ressource, pas de la subir. L’été 2026 illustre un paradoxe saisissant : en mai, la France enregistrait en moyenne plus d’une heure de prix négatif par jour, conséquence de l’excédent solaire. Quelques semaines plus tard, la canicule propulsait les prix à plus de 600 €/MWh en soirée. Trop d’électricité verte le midi, pas assez le soir. 

Ce paradoxe est au cœur du défi : il faut un système électrique plus flexible. Stocker l’excédent du photovoltaïque en journée dans bien plus de batteries pour le réutiliser le soir, ou rendre la climatisation plus connectée et flexible nativement pour aider le réseau au lieu de le mettre sous stress, tout en gardant le confort. C’est le principe du « demand response », ou la capacité à piloter la consommation et non plus seulement la production. 

Peu d’acteurs sont spécialisés dans ce métier, même si les recherches sont de plus en plus fournies sur le sujet et la technologie est accessible à tous les bâtiments. 

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